Avó

Avó : La femme de ma vie, ma grand-mère, toujours vétue du noir du deuil de son époux. Elle a attendu d'être centenaire pour nous quitter. Elle reste dans mon coeur à jamais... Sa petite chaise en osier. Et son petit chapeau en paille. Elle les emportait partout, pour pouvoir s'asseoir au soleil. Avec une petite valise en carton. Oui, en carton, car à l'époque, on ne pouvait s'offrir que des petites valises en carton. Sa petite valise où elle rangeait délicatement toutes ses petites affaires, ses seuls biens. Quelques photos jaunies. Quelques affaires de toilette. Trois chemisiers. Deux jupes. Deux chemises de nuit. Et son porte-monnaie qu'elle ne manquait jamais de vider lorsque l'un de ses petits-enfants venait la voir. Elle avait un oeil de verre, souvenir d'un été si chaud que la chaux dont elle était en train de repeindre les murs de sa maison lui était retombée sur le visage. Depuis, son seul oeil valide lui faisait voir des choses qu'auparavant, elle ne remarquait pas. Elle voyait dans l'âme, elle parlait à l'âme. Elle était ma reine. Elle aimait le chocolat. Son seul luxe. Le seul cadeau qu'elle acceptait, car à son âge, elle prétendait n'avoir besoin de rien. Elle le mangeait du bout des lèvres, savourant chaque millimètre. Et je la regardais, envieuse de cette manière si personnelle et si humble de transformer ce moment de dégusation en un réel moment de bonheur, alors que moi, je courrais constamment après ce fameux bonheur, ne réalisant pas que c'est en nous qu'il se trouve. Comme il se trouvait en elle depuis déjà si longtemps....
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